La vie de Dominique Morin n’a rien d’un long fleuve tranquille. Après quelques années au Havre, il se retrouve dans une cité de la banlieue parisienne après la séparation de ses parents. « J’avais 10 ans et en deux, trois ans, je glisse doucement vers la délinquance. Je voulais faire comme les autres. Rapidement je quitte l’école en échec scolaire, je n’ai pas de projet d’avenir, pas d’estime de moi… ». Face à la situation, sa mère l’envoie travailler : « Cela m’a sauvé car je quitte le monde de la cité. Je commence à gagner ma vie honnêtement ». Malheureusement, lors d’un concert de rock, Dominique Morin rencontre des fumeurs de cannabis : « au début je me suis méfié. Dans la cité, la drogue était source de décadence. Mais je trouvais que ces fumeurs avaient l’air cool. Je me suis laissé entraîner. Au bout de 6 mois, j’avais perdu toute lucidité, tout esprit critique. » S’installe alors des voyages réguliers à Amsterdam et l’escalade dans la drogue : héroïne, cocaïne, LSD, opium, amphétamine… « Avec mes copains, notre principale activité ensemble c’était nous défoncer ».
« A 18 ans, encore pour faire comme les copains je couche avec des filles. Je ne suis pas amoureux, je fais comme les autres. »
Entre 19 et 21 ans, Dominique Morin côtoie la violence armée. Ce sont ses années anarchistes. « On fabriquait des bombes et on faisait sauter des locaux politiques. » Ce qui va sauver Dominique de cet engrenage, c’est la peur : « une fois une bombe a failli m’exploser à la tête. Je voyais des copains devenir des loques ou faire des séjours en prison. J’ai pris peur et j’ai quitté ce milieu. »
A 24 ans, il doit se mettre en règle avec la loi et effectuer son service militaire. « J’étais à Laon et le soir de Noël, des militaires sont partis à la messe de minuit. J’ai suivi et je suis entré dans l’Eglise. Ma première réaction fut de me dire que malgré mes erreurs, l’église m’accueillait. Et puis j’ai vu des gens prier. Ils avaient une force, une paix que je désirai. J’ai continué dans la foi. Au bout de 3 ans, j’avais décroché du cannabis et autres drogues. »
Et puis Dominique Morin va faire des rencontres : "D'abord un prêtre a qui j'ai tout avoué : mes vols, la drogue, les bombes... Au lieu de me juger, il m'a regardé avec amour. L'amour justement. Jusqu’à présent, pour moi, l’amour se résumait aux films pornos que j’avais vus dans ma jeunesse. Une image totalement négative de l’amour. Au fur et à mesure de mon parcours dans la foi, j’ai découvert que l’amour peut être grand, beau et durable. Je devenais responsable de mes actes. »
Début des années 90, Dominique Morin, 34 ans, tombe malade sans raison apparente. « Au bout de quelques mois, mon médecin m’invite à faire le test de dépistage du Sida. Je suis atteint de la maladie depuis de nombreuses années. A l’époque il n’y a pas de tri thérapie. Ma durée de vie est de quelques mois. J’avais commis des erreurs dans le passé et maintenant il fallait que je les assume. J’ai attrapé le Sida lorsque j’avais 18 – 19 ans. »
Dominique Morin part dans une abbaye, il reçoit le sacrement des malades, la confirmation… « Et je suis reparti au combat avec l’amour des miens et de Dieu. Au bout de 3 années de survie, la tri thérapie apparaît. »
Avec des traitements parfois lourds, Dominique Morin a encore la chance de vivre et de témoigner de son expérience.
Questions des jeunes :
Quel a été le regard des autres par rapport à la maladie ?
Dans les années 90, le sida était lié à l’homosexualité. C’était très difficile pour moi. La première étape a été d’accepter la maladie. Ensuite accepter d’être différent des autres. Enfin accepter les transformations physiques dues à la maladie.
En voulez vous à la personne qui vous a transmise le Sida ?
Non. C’était un gâchis pour elle qui en est morte et pour moi. On ne peut pas effacer de sa mémoire toutes nos souffrances, il faut savoir pardonner et se pardonner.
Avez-vous une vie de famille ?
Non. Quand j’ai appris ma maladie, j’allais demander en mariage une jeune fille. J’étais amoureux. Je n’ai pas voulu lui faire subir ma maladie et toutes ses conséquences.
Ne regrettez vous pas de ne pas avoir eu de famille ?
Si. J’aurais aimé avoir des enfants. Mon frère a une famille nombreuse et je me réjouis de son bonheur, du bonheur des autres.
Vous êtes chrétien et le pape est contre le préservatif pourtant c’est un moyen efficace de se préserver contre le sida ?
Qui t’a dit que le pape était contre le préservatif. C’est un discours que les médias ont rapporté et pas avec la plus grande honnêteté. Le pape ne dit pas : si vous avez le sida, ne mettez pas de préservatif et contaminez vos partenaires.
Le préservatif n’est pas le remède miracle. D’ailleurs des études ont montré que lorsqu’on fourni généreusement des préservatifs, le sida ne chute pas, bien au contraire. Les gens mettent un préservatif et se pensent à l’abri de tout. Ils prennent alors plus de risques donc la contamination ne baisse pas. On parle du sida mais il y a aussi toutes les autres maladies sexuellement transmissibles pour lesquelles le préservatif est inefficace.
Paroles de jeunes
« C’était bien. Par contre, on aura beau faire de la prévention certains ne l’entendent pas. Il y a des jeunes mûrs et d’autres totalement inconscients. En plus les inconscients ont souvent de la chance et passent au travers de tout. »
« Ca nous fait réfléchir. Après c’est difficile de se faire une personnalité, de se construire. Moi je me laisse souvent influencer par les copains. »
« Faut pas voir le mal partout. Son expérience est douloureuse mais ce n’est pas toujours le cas. Faut connaître ses limites. »
« Je ne suis pas toujours d’accord avec lui sur l’abstinence, le préservatif… mais je respecte sa vie, son point de vue. »